"Antraigues" in the Press


LEGNINI-RASSINFOSSE--CASTELLUCCI
" Antraigues "

Celui qu'on aurait tendance à priori. à considérer comme son leader (notre pianiste Eric Legnini) y tient: ce groupe est l'affaire de tous les trois. La preuve par son premier CD: quel que soit le tempo, Bruno Castellucci y est complétement cymbalé et Gian-Luigi Rassinfosse laisse chanter sa contrebasse tout au bénéfice des climats. Tandis que, s'étant avoué désireux de se replonger dans la "grammaire"du jazz (à la Hancock ou à la Evans), Legnini laisse respirer et ponctuer son clavier, méme s'il se révèle toujours capable de déboulés qui nous laissent tout (es)soufflés; comme une synthèse des titres de ses deux premiers albums "Essentiels" et "Natural Balance".
A travers un assortiment de standards et de compositions d'Eric, dont une "Pasta Touch"qui nous donne envie d'écrire (et tant pis pour le cliché...) que dans le trio, y a pas de bras de bois, y a pas de nouilles, et ca s'entend... DI.Q. Le Soir 18 août 1993


Legnini - Rassinfosse - Castellucci. Antraigues (QZ103)

Il est des disques qu'on devrait pouvoir écouter, savoir écouter, les yeux fermés, sans même regarder de quoi il s'agit, et qui s'imposent avec l'évidence d'une eau limpide. C'est assurément le cas d'Antraigues . Ce raffinement classique dans le toucher de piano n'appartient qu'à Eric Legnini, il n'y a que Jean-Louis Rassinfosse pour faire chanter ainsi la contrebasse, et seul Bruno Castellucci peut être à la fois aussi discrétement omniprésent et puissant lorsqu'il intervient mais jamais de manière intempestive. Huit morceaux seulement, qui se donnent tout l'espace nécessaire pour s'épanouir pleinement, qui prennent tout leur temps, qui développent et explorent tous les possibles du thème abordé: une manière de se faire plaisir, de nous faire plaisir. Ainsi Laurie qui s'étale sur dix minutes toutes de tendresse de finesse et de délicatesse. Le titre de l'album? Oui, c'cst bicn Antraigues-sur-Volane où le trio a joué. Et, hantée par la silhouette fugitive d'Hélène, la plage générique vous a des parfums de "Podello" et de cuisine ardéchoise, des relents d'attentive et chaleureuse convivialité .

Une autre Chanson janvier 1994

Legnini - Rassinfosse - Castellucci. Antraigues (QZ103)

Un, deux, trois.. piano!
1990.Essentiels, le premier album d'Eric Legnini, alors jeune révélation qui se payait progressivement la une des quotidiens hutois puis wallons puis belges, positionnait le "petit génie"au coeur des dernières générations émergées du jazz belge et de ses excroissances les plus brutales: symbiose avec son alter ego et ami d'enfance Stephane Galland (devenu aujourd'hui le batteur complet qu'il n'était pas encore alors), plongée vertigineuse vers les cimes libertaires avec ses jeunes "mentors" baroques des premiers gig Cassol et Massot, cautionnés eux-mêmes par la présence du "vieux sorcier Pierre Vaiana et du "très vieux sorcier" Jean-Louis Rassinfosse. Le tout ficelé par le label Igloo, caution supplémen-taire, brûlure d'étapes, sous un titre qui avec le recul paraîtra sans doute quelque peu teinté d'un hubris encore insuffisamment enraciné. Avec Natural Balance, (1991) deuxième disque du pianiste, au titre déjà plus adéquat - quoique le
"balancement naturel" n'entrera vraiment en jeu, on va le voir, qu'avec le 3° album, on se situe
d'entrée de jeu dans le monde, nouveau, du "pour soi" avec une musique déjà plus sobre et
se présentant comme tendant à l'auto-suffisance (malgré un tribut lisiblement payé à Keith Jarrett), avec un trio qui "fait la route" et expérimente, sous le haut patronnage du Mage/Fou Rassinfosse déjà cité, I'aventure de la communi- cation radicale, pour un label de musicien,
(Jazz Club).

1993: bonjour la dialectique, voici donc Antraigues, le troisième disque d'Eric Legnini (qu'on le veuille ou non, il sera perçu comme tel même si les noms des trois intervenants figurent sans hiérarchisation sur la pochette). Disons -le d'emblée, voilà le premier Grand Disque de celui qui représente désormais à l'étranger, avec Michel Herr et Charles Loos, la trinité pianistique belge. Surprise pour ceux qui ne suivent que de loin l'itinéraire de Legnini: no more Galland! Sevrage sans doute douloureux, sans doute nécessaire, les frontières du double devant être levées au jour de l'lntronisation. Dès les premières notes d'All of You, l'affaire est dans le sac et la cause plaidée: de "petit génie" du piano, d'apprenti-dompteur d'énergies brutes, de chasseur surdoué d'images, de phénomène de foire, presque, Eric Legnini est devenu, la chose est maintenant patente ...pianiste de jazz! Au sein de son nouveau trio, Rassinfosse, encore lui, assure la permanence de la Quète en mème temps que le Bourdon de la Tradition, tandis que Bruno Castellucci endosse un rôle qui fut aussi confié récemment à Felix Simtaine.Ce nouveau trio a, tout simplement (simplicité évidemment grouillante de complexité vitale), la classe des grands trios de piano qui ont façonné l'histoire d'amour de l'ivoire, du bois et des peaux. Vos références, il vous faudra les trouver vous-mèmes, cette fois-ci. Je veux seulement dire quant à moi qu'après ces quelques années de gloriole parfois dangereuse, Eric, dont l'âme s'est frottée entre temps à celles, abyssales d'humanité, d'un Toots, d'un Pelzer voire d'un ..Serge Reggiani Eric donc est devenu non un adulte heureusement -Dieu l'en préserve ! mais un artiste complet qui fait des boucles magiques mature/immature, sapiens/demens, ouvert /fermé son ordinaire paradigmatique. Des mots ? Sans doute. Et qui ne peuvent qu'approcher le son comme le pourraient métaphores poétiques ou oeuvres picturales (cfr par ex la photo "zodiacale„ de Noël Cramer qui illustre la pochette de ce CD). Qui ne peuvent que suggèrer la seule réalité essentielle, l'ultime compliment: It does mean a thing, cause it really got that Swing! Bienvenue au pays des mutants de l'entre-deux! Ici, pas besoin d'effets spéciaux, de masques ni de collages, ni rap ni zap, pour dire le grand Art équilibriste de l'Equivoque et du Paradoxe, du ni blanc ni noir ni "ni blanc ni noir". Tout le reste (tout ce qui fait l'ordinaire d'une chronique de disque en somme: notules biographiques, répertoire, repérage des moments-clés, prouesses individuelles ou collectives, généalogies stylistiques, émois même..), tout cela n'est qu'accessoire:
décrire serait parler pour ne rien dire: mieux vaut dès lors ne (presque) rien dire pour mieux décrire, par ce seul macro-concept-fissure qui résume ce que je tenais à dire de ce disque: un, deux, trois... piano: retournez- vous d'un seul coup dans vous seul et voyez, avec vos yeux d'enfant triste -ceux qui ont poussé à l'intérieur de vous comme une douce maladie-, voyez: un pianiste de jazz est entré en Swing!

Jean Paul Schroeder Jazz in Time N°43


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