
L'histoire du Carnet d'Emeraude débute en 1985, lors de la réalisation en Belgique d'une émission radiophonique avec Toots Thielemans "Arrêtez le Temps" destinée aux radios privées. Au coeur de chaque émission radio il y avait une petite séquence intitulée "Music Discovery", prémices du Carnet qui fut diffusé pour la première fois sur les ondes nationales le 14 juin 1987. Jusqu'en février 1995, plus de 400 heures furent mises à l'antenne, rediffusions comprises.L'ensemble des programmes étant réalisé et mixé dans un petit studio aménagé dans mon grenier. . Chaque émission était souvent composée la nuit et pouvait prendre de 5 à 9 heures de travail. Les transitions étaient préparées, puis optimalisées et ensuite enregistrées en temps réel.sur deux pistes analogiques. (Le montage digital était à l'époque, inabordable)
La méthode de travail pour réaliser une émission commence par l'écoute de la nouvelle matière disponible, ensuite une sélection est éffectuée et les morceaux choisis sont stockés dans une librairie. Le choix du premier morceau est toujours en relation avec mes 'états d'âme du moment. C'est le contenu de l'oeuvre jouée qui ouvre la porte à la suivante. La recherche d'harmonisation entre les morceaux est alors réalisée avec l'aide d'une "pause active"( sur certain lecteur CD, entre autre le SL-P1200 de Technics) il est possible de rendre audible un point précis du CD (par exemple l'accord ou la note finale). Il suffit alors de puiser dans la sélection des oeuvres préssenties, celle qui s'accordera le mieux. Ce procédé est long, mais en appliquant la théorie de Lao Tseu , il peut être instantané........
"A la poursuite des connaissances on en sait de jour en jour davantage. Sur le chemin du savoir chaque jour on découvre les vertus de l'immobilité. On finit par ne plus vouloir à tout prix faire. Et c'est alors que les choses arrivent ! Oui, c'est en ne troublant rien, que de soi-même tout trouve sa place. Et que tout s'accomplit. "
INTERVIEW
Patrick Bauwens a plus d'un tour dans son sac. A la fois speaker, animateur radio, illustrateur sonore et producteur, il combine ces différents métiers avec bonheur. Tel le QuetzaL, oiseau mythique des aztèques et des mayas, qu'il a choisi comme emblème, iL virevolte de l'un à l'autre. Cet oiseau d'une beauté extraordinaire n'a pas été choisi par hasard. En effet, selon La Légende, ii est tellement épris de liberté que son coeur s'arrête de battre dès qu'on le capture. il symbolise donc le Dieu de l'air, de la Vie, de la Liberté.
Quelle est l'origine de la philosophie de l’émission du Carnet d’Emeraude
?
Je suis parti de l'idée que la musique n'a pas de frontière
(ni par son origine géographique ni par sa temporalité) et que si
elle peut vivre par elle-même, elle peut également se combiner â
d'autres musiques. Il suffisait de trouver la clé permettant cette magie.
Je m'enfermais donc dans mon studio pendant des heures à écouter des
musiques qui, par leur couleur, les émotions qu'elles suscitaient en moi m'ouvraient
des portes vers d'autres musiques. La créativité dans ce choix devient
alors le moteur même de la musique. Afin de ne jamais lâcher la main
des auditeurs, je me suis toujours préoccupé de débuter l'émission
par un échelon d'extraits musicaux suffisamment accessibles.
D'où vous vient cette connaissance musicale?
Il est vrai que je reçois assez bien de nouveautés et que je
passe beaucoup de temps à essayer de débusquer les CD intéressants.
Mais, sans l'aide de Robert Colin, disquaire de son état, je n'aurais sans
doute pas eu cette connaissance. C'est un vrai professionnel qui ne se contente pas
de vendre le Top 50. Il m'a fait découvrir de nombreux artistes. Aussi, j'
essaie de suivre la carrière des musiciens qui me plaisent et ainsi étoffe
mon importante discothèque. Parfois un label comme ECM est d'une telle qualité
que je suis presque sûr à chaque sortie de CD d'y trouver mon bonheur.
Il s'agit malgré tout d'un travail essentiellement solitaire?
Oui, je suis presque comme l’ècrivain devant sa page blanche. Je suis
seul face à mes CDs ayant une émission radio à réaliser
ou un film à illustrer. J'aime travailler la nuit, quand tout est calme, mes
3 enfants au lit. J'aime l'atmosphère et le silence de la nuit. Elle m'apporte
la concentration et permet un travail sur soi. Les choix des extraits reflètent
alors mes états d'âme. Je trouve que le plus important dans ce métier
est la sincérité avec laquelle l'auditeur est transporté dans
ce voyage musical. Celui-ci doit représenter un poème offert, un don
et doit conduire à une méditation, un cheminement personnel positif.
En fin d'émission, il ne s'agit pas de laisser les auditeurs sur une fin trop
tragique ou trop émotionnelle. Le ‘’ voyageur ’’ doit être ramené
à son point de départ.
Réalisé par Françoise Pasteel (AV Industrie) 1998